Ciné culture

11 décembre 2012

Usual Suspects (1995)

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USUAL SUSPECTS

Genre : Polar, Thriller

Durée : 1h40 environ

Date de sortie : 1995

Réalisateur : Bryan Singer

Note sur Rotten Tomatoes : 89%

 

Quand j'avais chroniqué Memento, j'en avais dit que c'était un des rares thrillers à être totalement original. On peut dire la même chose pour Usual Suspects par rapport au film policier, car il boulverse totalement les codes du genre, avec son histoire d'une complexité vertigineuse, et sa narration singulière, qui fait souvent recours aux flashbacks.

Une bonne partie du film se déroule pendant l'interrogatoire dans un bureau de police de Verbal Kint (interprété par Kevin Spacey, Oscar du meilleur second rôle), membre d'une bande de malfrats, à propos d'un massacre sur un bateau pour lequel il suspecté de savoir des choses - une affaire qui s'avèrera être très étrange sur de nombreux aspects... Les événements de l'histoire sont racontés par des flashbacks, selon le point de vue décrit par Verbal Kint dans l'interrogatoire.

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L'histoire commence quand cinq truands (dont Verbal, justement) sont arrêtés pour une sombre histoire de vol d'un camion contenant des armes, pour lequel ils sont tous suspectés. Ils commencent à vaguement sympathiser, avant d'être rapidement relâchés. Plus tard, ils se recroisent par hasard dans la rue, finissent par s'associer et font quelques coups ensemble. Un jour, ils sont contactés par Kobayashi, un avocat qui dit être envoyé par un certain Keyser Söze. Ce dernier s'avère être une véritable légende urbaine du banditisme, dont tout le monde a entendu parler, mais que personne n'a jamais vu, et qui est décrit comme le diable en personne. Kobayashi prétend que chaque personne de la bande, sans le savoir, a une dette envers Söze par rapport à certaines affaires passées, et il va ainsi leur confier une mission qu'ils seront forcés d'accepter...

Usual Suspects est un des meilleurs exemples de films à suspense qui soient. Le scénario, lauréat d'un Oscar, est aussi complexe que génial : le déroulement du film est totalement imprévisible et rempli de mystères, et soulève de nombreuses questions : qu'est-ce qui a amené les 5 malfrats à devoir travailler ensemble, et pourquoi ont-ils été réunis en cellule? Que s'est-il vraiment passé sur ce bateau? Mais l'interrogation principale est bien sûr de savoir qui est le fameux Keyser Söze : existe-t-il vraiment? Est-il un homme réel ou une identité collective? Ou alors peut-être qu'il n'est qu'une façade pour cet avocat qui se dit envoyé par lui? Et d'où lui vient tout son pouvoir et toute son influence? Est-il lié au passé trouble de Dean Keaton, un des membres de la bande? Le spectateur est souvent laissé dans le noir pour aller de surprise en surprise tout le long du film ; jusqu'à la célèbre fin, monumentale, qui a de quoi laisser bouche bée au premier visionnage... 

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La réalisation très maîtrisée de Bryan Singer met parfaitement en valeur tout le génie du scénario : le montage, qui boulverse la chronologie en alternant entre l'enquête dans le présent et les flashbacks à propos de la bande, accentue brillamment le suspense ; le rythme, sans aucun temps mort, ne laisse pas le temps de souffler ; les acteurs sont excellents, la musique est superbe, les dialogues remarquablement écrits... Et à propos des dialogues, même si le film est très bavard, on assiste quand même à quelques belles scènes d'action, notamment sur le bateau à la fin.

Peu de films sont aussi intelligents qu'Usual Suspects. La complexité vertigineuse du scénario ne se laisse pas totalement absorber du premier coup, mais on a immédiatement envie de le revoir une deuxième fois pour mieux le comprendre, et chaque visionnage n'épuise pas les surprises... Tout ça concourt à en faire un film totalement culte, à voir absolument. Dommage que Bryan Singer n'a pas fait grand chose d'autre d'aussi remarquable, en dehors de quelques bons films X-Men...

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08 novembre 2012

Mulholland Drive (2001)

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MULHOLLAND DRIVE

Genre : Drame, Film noir, Thriller psychologique

Durée : 2h30 environ

Date de sortie : 2001

Réalisateur : David Lynch

Note sur Rotten Tomatoes : 82%

 

Sans Mulholland Drive, je n'aurais probablement pas fait ce blog, car c'est vraiment avec ce film que j'ai eu envie de m'intéresser de plus en plus près au cinéma. Auparavant, je ne connaissais pas David Lynch (sinon de réputation) ; ce film étant souvent décrit comme un de ses plus aboutis, c'est celui-là que j'ai choisi pour découvrir son univers. A l'origine, Mulholland Drive devait être le pilote d'une nouvelle série à la Twin Peaks, mais faute d'accord valable avec les chaines de télévision, le projet s'est complètement transformé pour devenir un film à part entière.

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A partir d'une trame non linéaire, Mulholland Drive met en scène plusieurs histoires parallèles qui s'imbriquent toutes les unes dans les autres - d'une façon assez peu évidente au départ. On y suit tout d'abord une mystérieuse belle femme, qui a perdu la mémoire à la suite d'un accident de voiture où on a tenté de l'assassiner ; elle fait par hasard la rencontre de Betty, une jeune actrice prometteuse qui vient d'arriver à Los Angeles (tout le film s'y déroule) dans l'espoir de percer dans le milieu du cinéma. Devenant de plus en plus complices, les deux femmes (qui sont au coeur de l'intrigue) vont partir en quête de l'identité de Rita (c'est comme ça que se fait appeler la femme amnésique, qui n'a plus aucun souvenir de qui elle est). La seconde intrigue principale concerne Adam Kesher, un réalisateur qui travaille sur un nouveau film, dont le tournage se déroule de façon étrange, ses producteurs cherchant à manipuler son film pour d'obscures raisons.

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Je n'en dirai pas plus sur le scénario, déjà parce qu'il s'agit d'un film à découvrir absolument par soi-même, mais aussi parce qu'il est difficile à raconter car particulièrement complexe et sinueux - plus que dans Lost Highway par exemple. Mulholland Drive nous emmène dans un univers onirique et énigmatique où la beauté côtoie l'étrange ; même si le film semble s'amorcer à la manière d'un simple thriller, il s'agit avant tout d'un film psychologique ; le déroulement est très imprévisible et amène souvent à de nombreux retournements de situations, des rencontres avec des personnages étranges et des scènes inattendues, d'une façon parfois très surréaliste (les fans de Twin Peaks retrouveront d'ailleurs des clins d'oeil). Il est impossible de ne pas ressortir désorienté au premier visionnage, les mystères sont nombreux et sont rarement résolus de façon explicite - le spectateur devra être particulièrement attentif tout le long pour ne pas risquer de rater certains détails importants (même si cela n'empêche pas non plus une certaine accessibilité). C'est aussi ce qui fait toute la richesse du film : chaque visionnage apporte de nouvelles interprétations.

Il y a une chose absolument remarquable à propos de Mulholland Drive, c'est la réussite de son ambiance, qui démontre tout le savoir-faire de réalisateur de David Lynch : la mise en scène est virtuose (ce qui lui a d'ailleurs valu une Palme d'Or du Festival de Cannes), les acteurs donnent tout ce qu'ils ont, et mention spéciale à la bande-son, riche et soignée (n'oublions pas que Lynch est aussi sound designer), qui alterne entre thèmes musicaux magnifiques, hommages au blues et à la pop (la scène avec la chanteuse d'opera est superbe) et bruitage d'ambiance inquiétants. Tout ça contribue à rendre le film captivant : le spectateur est véritablement happé par Mulholland Drive dès les premières minutes pour en ressortir l'esprit complètement retourné.

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Magnifiquement réalisé, très riche et totalement original, Mulholland Drive est un film comme il n'en existe aucun autre, qui peut paraître difficile à première vue mais qui est absolument passionnant une fois qu'on est dedans. Il s'agit de l'aboutissement de la carrière de David Lynch, qui nous signe ici ce qui est peut-être son plus grand chef-d'oeuvre. Alors certes, les anti-Lynch ne risquent pas de retourner leur veste, mais en dehors de ça, Mulholland Drive est un film destiné à devenir culte. Pour peu que vous ayez l'esprit un minimum ouvert, découvrez-le à tout prix!

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27 octobre 2012

Stop Making Sense (1984)

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STOP MAKING SENSE (Talking Heads)

Genre : Musique - New Wave, Pop Rock

Durée : 1h25 environ

Date de sortie : 1984

Réalisateur : Jonathan Demme

Note sur Rotten Tomatoes : 97%

 

En dehors du cinéma, la musique est un autre de mes principales passions ; dans cet article, je vais joindre les deux avec ce Stop Making Sense, concert filmé de Talking Heads, généralement considéré comme un des meilleurs films musicaux jamais faits. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Talking Heads est un des groupes phares de la new-wave, à la charnière des années 70-80 ; ils se sont fait connaître à leurs débuts avec le tube Psycho Killer, puis ont publié quelques excellents albums avec la collaboration du célèbre Brian Eno à la production (More Songs About Buildings And Food, Fear Of Music et Remain In Light). Après un hiatus de trois ans suite à des désaccords internes ; ils reviennent en 1983 avec l'album Speaking In Tongues (qui contient notamment Burning Down The House) ; Stop Making Sense a été filmé pendant la tournée promotionnelle de cet album (avec comme metteur en scène Jonathann Demme, futur réalisateur du Silence des Agneaux), il mélange des extraits de deux concerts datant de 1984.

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Stop Making Sense est mis en scène d'une façon particulièrement originale et amusante : le film s'ouvre sur une version acoustique de Psycho Killer interprétée par le leader David Byrne seul, accompagné d'une boite à rythme. Puis, au fur et à mesure des morceaux arrivent les autres musiciens (les autres membres de Talking Heads bien sûr, mais aussi d'autres invités - des choristes, un second percussioniste, un autre guitariste et un clavieriste), les techniciens installant le matériel et les instruments pendant que les autres membres jouent. En fait, il faut attendre le sixième morceau pour que tout le monde soit au complet! De manière générale, le concert est assez déjanté (à l'image de la musique du groupe), avec des décors assez décalés, et un David Byrne qui fait son show à sa façon.

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Quoiqu'il en soit, c'est bien sûr la musique qui est la principale raison de voir le film. Et là, rien à redire : la tracklist est excellente, avec une bonne partie des meilleurs morceaux du groupe qui s'enchaînent parfaitement. L'interprétation est remarquable, chaque membre mettant toute son énergie à contribution pour rendre quasiment chaque chanson supérieure à sa version studio. Personnellement, je dois avouer ne pas avoir adoré l'album Speaking In Tongues, qui manquait de pêche à mon goût ; les morceaux qui en sont tirés (au nombre de six) prennent ici une toute autre dimension en live (la version du tube Burning Down The House est terrible). En tout cas, ce ne sont pas les grands moments qui manquent : on pourrait citer en particulier la superbe version acoustique de Heaven, le très beau What A Day That Was (morceau moins connu tiré de la carrière en solo de David Byrne), et des morceaux débordants d'énergie comme Life During Wartime, Once In A Lifetime ou Cross-Eyed And Painless (qui termine le concert). Hormis un ou deux titres légèrement moins bons (j'aime moins Genius Of Love, chanté par la bassiste), il n'y a aucun temps mort. A noter que certains DVD proposent deux titres bonus, mais l'original se suffit largement à lui-même.

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Stop Making Sense est à voir comme le témoignage en live du talent d'un groupe rempli de talent et d'inventivité. Avec des musiciens au top, une tracklist en béton, des interprétations qui transcendent les versions d'origine et une mise en scène astucieuse, ce concert distille du pur plaisir durant tout son long, et il est impossible de ne pas prendre son pied. Si vous aimez Talking Heads, il est impossible de passer à côté (si vous ne l'avez pas déjà) ; et si vous ne connaissez pas le groupe, il s'agit d'une parfaite occasion de les découvrir. Indispensable à tout amateur de musique!

 

Tracklist :

1. Psycho Killer
2. Heaven
3. Thank You for Sending Me an Angel
4. Found a Job
5. Slippery People
6. Burning Down the House
7. Life During Wartime
8. Making Flippy Floppy
9. Swamp
10. What a Day That Was
11. This Must Be the Place (Naive Melody)
12. Once in a Lifetime
13. Genius of Love
14. Girlfriend is Better
15. Take Me to the River
16. Crosseyed and Painless

Bonus sur certains DVD :

17. Cities
18/19. Big Business/I Zimbra

 

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14 octobre 2012

Lost Highway (1997)

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LOST HIGHWAY

Genre : Thriller psychologique, film noir

Durée : 2h09 environ

Date de sortie : 1997

Réalisateur : David Lynch

Note sur Rotten Tomatoes : 59%

 

Depuis l'excellent Blue Velvet en 1986, a visiblement eu du mal à renouer avec l'inspiration : bien sûr, sa fameuse série Twin Peaks a eue sa période de succès, mais sera arrêtée prématurément pendant la saison 2, en perte de vitesse ; et des films comme Sailor & Lula et Twin Peaks : Fire Walks With Me auront du mal à s'imposer comme des chefs d'oeuvres (malgré une Palme d'Or du Festival du Cannes pour le premier). Après quelques tentatives avortées pour lancer de nouvelles séries (On The Air, Hotel Room), Lost Highway marque le retour du réalisateur sur grand écran après quelques années de silence. Mélangeant la noirceur et la complexité d'Eraserhead avec le style sulfureux de Blue Velvet ou Sailor & Lula, Lost Highway est aussi à voir comme précurseur du fameux Mulholland Drive qui sortira quelques années après, avec qui il partage de nombreux points communs.

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On y suit Fred Madison, un saxophoniste qui semble en froid avec sa femme Renée, la soupçonnant de le tromper. A partir d'un moment, il se met à recevoir tous les matins des cassettes vidéos sur lesquelles quelqu'un a filmé l'intérieur de leur appartement pendant qu'ils dormaient. Un jour, une des cassettes montre Fred Madison poignardant sa femme ; pourtant il n'en a aucun souvenir. Il se retrouve ainsi arrêté et envoyé en prison ; déclaré coupable, il est condamné à mort. Mais un rebondissement inattendu va le sauver de la chaise électrique : d'une façon bizarre, il est transformé en une autre personne par un homme mystérieux (qu'il avait déjà rencontré le soir avant le meurtre) ; relâché de prison, il découvre sa nouvelle vie dans la peau de Pete Dayton, un jeune mécanicien automobile. Sa nouvelle vie en compagnie de ses parents (chez qui il vit), sa petite amie et sa bande de pote semble tranquille, mais son ancienne identité refait surface le jour où il fait la rencontre d'Alice, une séduisante jeune femme ressemblant étrangement à Renée.  Les deux auront vite une liaison, ce qui attirera la colère de son amant Mr. Eddy, client et ami de Pete et dangereux mafieux, qui leur en veut à mort. Les deux amoureux sont contraints de fuir ensemble, et Pete Dayton/Fred Madison va vite en découvrir plus sur qui il est vraiment...

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Y'a pas à dire, David Lynch nous a encore une fois préparé une intrigue bien tordue et complexe en jouant avec les repères du spectateur (à ce titre, la fin est particulièrement étonnante). Comme dans Eraserhead et Mulholland Drive, il est difficile de distinguer réel et imaginaire : cauchemar, hallucination, réalité déformée, un peu de tout ça en même temps? A vous de vous faire votre idée, Lynch n'étant pas du genre à donner toutes les réponses à ses énigmes... Cela dit, contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, Lost Highway n'est pas aussi incompréhensible que certains le disent ; évidemment, il y a de nombreuses ambiguités qui rendent les interprétations différentes (il faut dire que le principal thème du film est la folie), mais il n'en garde pas moins un fil conducteur solide. Quoiqu'il en soit, on ne peut pas nier le talent de Lynch pour créer des ambiances : sombre, étrange et onirique, Lost Highway est une réussite à ce niveau et nous plonge peu à peu dans un univers noir et désespéré.

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A sa sortie, Lost Highway a reçu des critiques assez partagées, sa complexité, son originalité et sa noirceur en ayant laissé perplexe plus d'un. Mais le film sera peu à peu réhabilité avec le temps, surtout avec le succès de Mulholland Drive quelques années plus tard (qui sera assez proche), alors qu'on pourrait lui faire les mêmes reproches (qui sont plutôt des qualités pour le fan de Lynch). Au final, même si le réalisateur fera encore mieux à mon goût avec son film de 2001, Lost Highway est une belle réussite dans le genre du film noir et du thriller psychologique (personnellement, je l'ai largement préféré au très récent Shutter Island, qui s'en rapproche). Si vous en avez l'occasion, découvrez-le!

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11 octobre 2012

Blade Runner (1982) - The Final Cut

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BLADE RUNNER

Genre : Science-Fiction

Durée : 1h52 environ

Date de sortie : 1982

Réalisateur : Ridley Scott

Note sur Rotten Tomatoes : 92%

 

L'histoire autour de Blade Runner et ses différentes versions est bien connue des cinéphiles : après un tournage difficile (les relations entre le réalisateur et l'acteur principal Harrison Ford étaient très tendues), le film est sorti en 1982 dans une version tronquée par les producteurs, qui ont imposé quelques changements radicaux : l'ajout d'une narration en voix-off qui cassait le rythme, la suppression de certaines scènes intéressantes pour rendre l'ensemble plus simple, et l'ajout d'une fin complètement différente, bien plus optimiste, qui ne collait pas du tout avec l'univers. Les critiques et l'accueil du public seront assez tièdes, malgré quelques qualités indéniables qui lui ont quand même valu une petite réputation. Dix ans plus tard, Ridley Scott en sort un nouveau montage, bien plus proche de sa vision d'origine, en supprimant la voix-off, rétabilssant certaines scènes (dont le fameux passage avec la licorne) et la fin originale. Le résultat était nettement meilleur, plus profond, mieux construit, qui vaudra à Blade Runner une réputation de film culte. Pourtant, malgré l'appellation Director's Cut de cette version, Scott ne l'a pas approuvé à 100% et n'en sera pas encore totalement satisfait, manquant visiblement de temps et d'argent. Il faudra attendre 2007 pour que le réalisateur sorte enfin sa vision définitive avec cette version Final Cut, même si les différences relèvent du détail (le rétablissement des scènes violentes, la modification de certains plans ou dialogues). Au final, ce Final Cut est actuellement considéré comme la version de référence, surtout pour sa remasterisation impeccable et son second DVD rempli de bonus. C'est sur cette version que je vais me baser pour cet article (et c'est celle-là que vous trouverez en magasins).

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Librement adapté d'un roman de Phillip K. Dick, Les Androïdes Rêvent-Ils de Moutons Electriques, le film se déroule dans un univers d'anticipation très pessimiste, montrant un Los Angeles surpeuplé et pollué. On y suit Rick Deckard (incarné par Harrison Ford, qui est remarquable dans ce rôle dramatique), un "Blade Runner", sorte de flic chargé de traquer et tuer des Réplicants, des humanoïdes créés artificiellement pour travailler comme esclaves sur d'autres planètes mais dont certains se sont échappés pour venir vivre sur Terre, où ils sont interdits de séjour. Ces Réplicants sont physiquement indiscernables des humains, le seul moyen de les reconnaître est de tester leurs réactions émotionnelles, qui ne sont pas encore au point, avec l'examen de Voight-Kampff.

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S'il y a bien une chose pour laquelle le film s'est fait connaîre, c'est pour son ambiance, absolument brillante, avec une esthétique magnifique (que ce soit au niveau des couleurs, du design, des décors ou des jeux de lumière, tout est sublime) et une superbe bande-son signée Vangelis (qui a réalisé peu avant celle des Chariots de Feu). Côté scénario, c'est du lourd : Blade Runner est à voir comme une pertinente réflexion sur le clonage et les dérives de la technologie, dans un univers contre-utopique sombre, artificiel et décadent. Le film multiplie les scènes d'anthologie et les dialogues mémorables, et fait preuve d'une grande profondeur, qui fait que beaucoup en ont une interprétation différente (certains y ont d'ailleurs vu des références à la religion), notamment pour la fin, ambigue et étonnante, qui a engendré un débat bien connu des fans.

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Au final, je ne surprendrai personne en affirmant que Blade Runner est un pur chef-d'oeuvre de cinéma. Beau, profond, sombre, complexe et intemporel, c'est de loin un des meilleurs films de science-fiction, et certainement la plus grande réussite de Ridley Scott. Certains auront peut-être un peu de mal à y accrocher du fait de sa complexité, pour peu qu'on se donne la peine de rentrer dedans, c'est exactement le genre de film qu'on a envie de voir et de revoir. Culte, tout simplement. 

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David Lynch : filmographie sélective

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DAVID LYNCH

Dans l'univers du cinéma, il y a des réalisateurs qui imposent un style unique et original qui n'appartient qu'à eux. David Lynch est de ceux-là : ses films souvent complexes et tordus ne laissent personne indifférent (même s'il en a aussi fait des beaucoup plus traditionnels) ; on peut aussi bien s'y passionner qu'y rester totalement insensible et passer à côté de leur sens. Etant fan de ce réalisateur et ayant vu quasiment tous ses films, je vais vous faire un résumé de sa filmographie, concernant ses oeuvres importantes (je ne parlerai pas des courts-métrages, sur lesquels je ne me suis pas vraiment penché).

 

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Eraserhead (1977) : Tous ceux qui l'ont vu s'accordent pour dire qu'il s'agit d'un des films les plus barges jamais réalisés. Ce premier long-métrage surréaliste, fait avec très peu de moyens mais beaucoup d'idées, expose certains des thèmes que Lynch exposera dans ses oeuvres ultérieures, notamment par rapport aux rêves. Il s'agit aussi de son film le plus sombre : glauque, bizarre et cauchemardesque, cette plongée dans l'esprit tourmenté d'un homme au bord de la folie, a de quoi retourner à chaque visionnage. Au final, il s'agit d'un des Lynch les moins accessibles, mais aussi un des plus aboutis : Eraserhead fait preuve d'une étonnante maîtrise pour un premier film à part entière, surtout dans un style aussi original, et sa richesse fait que chaque relecture apporte des interprétations différentes (personne ne le comprend de la même façon). A sa sortie, le film est resté très underground, mais gagnera peu à peu une réputation de film culte : si vous aimez le style du réalisateur, découvrez-le à tout prix! Note sur Rotten Tomatoes : 90%

Elephant Man (1980) : Pour son deuxième film, Lynch a du travailler sur un script pré-existant plutôt que de continuer dans la même veine surréaliste que le précédent. Elephant Man est un des films les moins caractéristiques du style du réalisateur, mais cela ne l'a pas empêché d'adapter avec beaucoup de talent l'histoire de Joseph Merrick au grand écran, donnant un film superbe et déchirant sur la dignité humaine, qui a du arracher des larmes à plus d'un spectateur. Elephant Man sera le film avec lequel Lynch obtiendra la reconnaissance du public et des critiques, devenant un de ses films les plus connus : que l'on aime ou non les autres films du réalisateur, il n'y a aucune raison de ne pas découvrir ce pur chef-d'oeuvre. Note sur Rotten Tomatoes : 91%

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Dune (1984) : Si Dune est une des plus grandes oeuvres de la littérature de science-fiction, son adaptation cinématographique a été très épineuse vu l'ampleur du matériau d'origine : le projet est passé entre les mains de plusieurs grands réalisateurs avant d'avoir été confié à David Lynch (qui n'avait pourtant pas d'affinité particulière avec la SF). Au final, il s'agira d'un gros échec : difficile de faire tenir un bouquin de 1000 pages en 2h20 à l'écran! (de nombreuses scènes ont été coupées au montage par la production, le film devait être à l'origine deux fois plus long). Du coup, cette adaptation n'a plu ni aux fans du livre, pour qui l'histoire a été beaucoup trop survolée, ni aux autres, pour qui le film est très difficile à suivre ; d'autant plus que ça a apparemment assez mal vieilli. Pour ma part, c'est le seul Lynch que je n'ai pas vu (d'ailleurs, lui-même a renié ce film), j'essayerai quand même un jour de le regarder par curiosité... Note sur Rotten Tomatoes : 58%

Blue Velvet (1986) : Lynch revient à un projet original, avec ce thriller souvent considéré comme un classique du film noir moderne. Totalement accessible (rien à voir avec ses autres films casse-tête), Blue Velvet est un film sulfureux qui fait office de précurseur à la série Twin Peaks avec avec sa petite ville en apparence tranquille dans laquelle se trouve des individus aux moeurs douteuses (Frank Booth, le méchant du film, est absolument mémorable). Le réalisateur fait preuve d'une grande maîtrise et nous captive de bout en bout : une réussite! Note sur Rotten Tomatoes : 92%

 

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Twin Peaks, la série (1990-1991) : Il est difficile de parler de David Lynch sans évoquer cette fameuse série télévisée, dont il est l'un des créateurs (avec Mark Frost). On y suit la vie d'une petite ville à la frontière des Etats-Unis et du Canada, qui semble en apparence tranquille mais dans laquelle beaucoup de choses se produisent, le meurtre d'une jeune femme ayant fait l'office de déclencheur. A travers deux saisons totalisant une trentaine d'épisodes, Twin Peaks a fait l'objet d'un véritable culte, avec ses intrigues riches et complexes, son humour au second degré, ses personnages attachants, ses étranges visions surréalistes et son suspense omniprésent. Cela dit, on ne peut s'empêcher de penser que la série s'est un peu essoufflée dans la seconde moitié de sa saison 2, une fois le nom de l'assassin de Laura Palmer révélé... C'est d'ailleurs ce qui a mis un terme à la série, se finissant sur un cliffhanger étonnant mais qui ne sera jamais résolu (il n'y aura pas de saison 3). Quoiqu'il en soit, Twin Peaks est une série à découvrir absolument, fan de Lynch ou non : une fois la série entamée, impossible de la lâcher. (pas de note sur Rotten Tomatoes)

 

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Sailor & Lula (1990) : Les avis ont souvent été partagé sur ce film, et je dois personnellement avouer ne pas avoir accroché à cette histoire d'amour sur fond de road-movie déjanté. David Lynch y fait preuve d'un style très hollywoodien qui ne lui convient pas trop, le résultat est un peu trop surjoué et manque de profondeur ; on n'y trouve plus la subtilité de Blue Velvet. Sailor & Lula (aussi connu sous le nom de Wild At Heart) a quand même ses fans, qui ont apprécié son ambiance débridée, et certains le considèrent comme un classique du road-movie ; ce n'est pas du tout un mauvais film et il y a de quoi passer un bon moment mais il n'est pas exceptionnel et il est assez exagéré de lui avoir attribué la Palme d'Or du festival de Cannes (d'autres films de Lynch auraient davantage mérité cet honneur). Après, c'est une affaire de goûts... Note sur Rotten Tomatoes : 64%

Twin Peaks : Fire Walks With Me (1992) : L'arrêt de Twin Peaks n'a pas empêché Lynch d'en faire une adaptation au cinéma, qui se passe avant les événements de la série, se focalisant les derniers jours de Laura Palmer (et aussi sur le meurtre de Teresa Banks). Bien qu'il s'agit d'une préquelle, il faut impérativement regarder le film après la série, d'une part pour connaître tous les personnages et l'univers très particulier de Twin Peaks, et d'autre part car le meurtrier de Laura Palmer est clairement montré, ce qui détruirait le suspense pour celui qui n'a pas vu la série. Fire Walks With Me plaira certainement aux fans de Twin Peaks mais n'apporte pas vraiment grand chose d'essentiel (beaucoup a déjà été dit sur Laura Palmer dans la série), une bonne partie des sous-intrigues des personnages secondaires ont été coupées au montage, les dialogues sont souvent assez plats et il y a quelques longueurs. A réserver aux fans, donc. Note sur Rotten Tomatoes : 63%

Lost Highway (1997) : Après plusieurs années d'absence, Lynch revient à un meilleur niveau avec ce film sombre et complexe, qui annonce ce qu'il fera quelques années après avec Mulholland Drive. Ce thriller psychologique est une étonnante exploration du subconscient d'un homme tourmenté, accusé d'avoir tué sa femme sans qu'il s'en souvienne, et dont la vie bascule d'une façon très étrange. Onirique, intriguant et ambigu, Lost Highway est une belle réussite, malheureusement sous-estimée par les critiques à sa sortie, qui seront plutôt partagées, même si les fans le réhabiliteront par la suite. Cela dit, le meilleur reste à venir... Note sur Rotten Tomatoes : 59%

  

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Une Histoire Vraie (1999) : David Lynch qui fait un film chez Disney, voilà qui a de quoi surprendre mais ce n'est pas une blague : cette Histoire Vraie n'a rien a voir avec les autres films du réalisateur et constitue une drôle de parenthèse, sorti entre Lost Highway et Mulholland Drive, deux films très sombres et complexes. Pourtant, c'est une jolie réussite : cette étonnante histoire d'un vieil homme qui décide de rendre visite à son frère malade en faisant le long trajet sur une vieille tondeuse à gazon est très belle, bien écrite et agréable à regarder ; même si le fan de Lynch ne s'y retrouvera pas, il s'agit d'un excellent film qui mérite carrément qu'on s'y attarde. Note sur Rotten Tomatoes : 95%

Mulholland Drive (2001) : Le chef-d'oeuvre de sa carrière? Un de ses meilleurs, en tout cas. Il est difficile de résumer Mulholland Drive tellement son intrigue est vaste, mais cette histoire de femme fatale amnésique, de jeune actrice prometteuse et de réalisateur manipulé captive de la première à la dernière minute, à travers une ambiance absolument remarquable. Très beau, mystérieux, onirique et imprévisible, Mulholland Drive est aussi un film d'une grande complexité, qui dévoile toujours un peu plus de sa richesse à chaque relecture (il faudra plusieurs visionnages pour bien le comprendre) ; ce qui ne l'empêche pas de garder une relative accessibilité : c'est presque le film idéal pour découvrir la filmographie de David Lynch, et pour ne rien gâcher, un de ses meilleurs. Indispensable. Note sur Rotten Tomatoes : 82%

Inland Empire (2006) : Ecrit et tourné au jour le jour, il s'agit de son film le plus expérimental, et probablement le plus fou. Même en étant habitué à son style, il a quand même fait fort : passé une introduction mystérieuse et un début relativement normal, Inland Empire devient complètement chaotique, avec des séquences enchaînées de façon anachronique sans lien apparent, pendant 3 heures (c'est son film le plus long). C'est le Lynch le plus inaccessible, le premier visionnage est incompréhensible et même en y revenant il est difficile de savoir ce qu'il y a derrière tout ça. Malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de trouver le film attachant, d'un point de vue esthétique c'est une réussite est l'ambiance est telle qu'il y a de quoi se faire un sacré trip avec, malgré de nombreuses imperfections (des longueurs, certains dialogues assez moyens...). Au final, ce n'est pas du tout le film à voir pour découvrir l'univers du réalisateur car il en donnerait une mauvaise image, très caricaturale, mais si vous avez aimé ses films précédents, pourquoi ne pas essayer... Mais soyez prévenu avant de le regarder! Espérons qu'il se ressaisisse d'ici son prochain film (s'il en refait un)... Note sur Rotten Tomatoes : 72%

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30 septembre 2012

Memento (2000)

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MEMENTO

Genre : Thriller

Durée : 1h56 environ

Date de sortie : 2000

Réalisateur : Christopher Nolan

Note sur Rotten Tomatoes : 92%

 

Un homme qui cherche l’assassin de sa femme, voilà le postulat de départ de Memento, qui semble à priori peu original. A un détail près, qui fait toute la personnalité du film : le personnage principal souffre d’une forme d’amnésie dite antérograde, qui lui empêche d’avoir une mémoire immédiate au-delà de 15 minutes, bien qu’il soit capable de se souvenir de certaines choses lointaines (d’où le nom du film, qui signifie, en latin « souviens-toi »). En fait, c’est après avoir été victime d’une agression lors d’un cambriolage dont il a été victime que sa mémoire est devenue un véritable gruyère ; c’est d’ailleurs ce-dit cambriolage qui a coûté la vie de son épouse. Chercher l’homme à l’origine de tout ça est dans ces conditions assez peu évident, mais cela n’empêche pourtant pas Leonard Shelby (c’est le nom de notre homme) de s’y lancer. Ainsi, pour mener son enquête, notre amnésique va se faire de nombreuses notes pour garder à l’esprit tous les détails importants, en écrivant sur des post-it ou sur des polaroïds, ou bien carrément en tatouant son corps.

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La narration du film suit de façon logique l’état psychologique du personnage, racontée à travers des séquences d’une quinzaine de minutes, que le spectateur découvre de façon complètement fractionnée : globalement, le film est chronologiquement raconté à l’envers, commençant par l’assassinat du coupable présumé ; la suite du film nous montrant le déroulement de son enquête ; et les relations de Leonard avec son entourage son pote Teddy (qui est justement le coupable présumé tué au début du film), ainsi que Nathalie, une femme séduisante qui dit vouloir l’aider car elle a aussi perdu quelqu’un, mais qui semble cacher des choses. Les relations de Leonard avec ses deux principaux amis sont assez ambigües : veulent-ils aider Leonard ou cherchent-ils à le manipuler dans leurs intérêt? En dehors de ça, on alterne aussi avec des séquences en noir et blanc où Leonard Shelby se confie au téléphone à propos de sa maladie, et surtout de l'histoire semblable (et tragique) d'un homme qu’il avait connu du temps où il travaillait dans les assurances, qui souffrait également d'amnésie antérograde (avant lui). 

A partir d'idées simples mais astucieuses, Christopher Nolan construit une intrigue tortueuse, complexe et pleine de suspense. Le réalisateur, très intelligent, en profite pour jouer avec l’esprit du spectateur : les nombreux flashbacks amènent d'étonnants retournements de situations, par rapport aux personnages complexes de Teddy et Nathalie, et par rapport à l'enquête en elle-même : les choses sont rarement telles qu’elles semblent être. Teddy est-il vraiment l’homme à l’origine du cambriolage ? Nathalie cherche-t-elle à aider Leonard Shelby ou le manipule-t-elle ? D’où sort cette Jaguar que Leonard utilise toujours pour circuler ? Qui est cet homme qui téléphone avec qui Shelby parle au téléphone ? Le film est riche en mystères comme ceux-ci ; élucidés peu à peu (tout en amenant aussi de nouvelles questions), avec de nombreuses révélations inattendues à la clé. Au delà du suspense omniprésent, Memento n'oublie pas les émotions : il est difficile de ne pas ressentir de la tristesse pour cet homme complètement perdu, incapable de savoir ce qui lui arrive.

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Au final, il est difficile de ne pas voir Memento comme une référence du thriller psychologique. Intelligent, original, complexe mais accessible, le film arrive à imposer un style qui lui est propre, qui tient le spectateur en haleine du début à la fin. A l’heure où tant de superproductions resservent toujours la même histoire aseptisée en étant construits autour de leurs effets spéciaux, le Memento est très rafraichissant, et c'est exactement le genre de film qu'on a envie de voir et de revoir. A ne pas manquer!

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24 septembre 2012

Eraserhead (1977)

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ERASERHEAD

Genre : Fantastique, Horreur

Durée : 1h25 environ

Date de sortie : 1977

Réalisateur : David Lynch

Note sur Rotten Tomatoes : 90%

 

« Un rêve de choses sombres et troublantes », voilà la façon dont David Lynch décrit son premier long-métrage, Eraserhead. Sorti en 1977 après plusieurs années de travail difficiles avec un budget très modeste, le film garde l’influence de ses premiers courts-métrages surréalistes (dont il reprend certaines idées), tout en s’imposant comme sa première œuvre vraiment aboutie. Cela dit, le film est resté plutôt discret à sa sortie, ce qui n’est pas étonnant vu son originalité : surréalisme et grand public ne font pas vraiment bon ménage, et Eraserhead restera très « underground », ne passant que dans des petits cinémas à des heures tardives (à ce titre, il s’agit d’ailleurs d’un des films phares de ce que l’on surnomme le « cinéma de minuit »). Par le bouche à oreille, le film se fera peu à peu mieux connaître auprès d’un petit cercle d’amateurs éclairés ; il attira également l’attention de certains confrères de Lynch. Avec le succès des films suivants du réalisateur, Eraserhead gagnera en notoriété avec les années, s’imposant comme un film culte, qui exercera une grande influence dans le milieu ; Stanley Kubrick ira jusqu’à dire qu’il s’agit « du seul film qu’il aurait aimé réaliser », et s’en est inspiré au moment de tourner Shining. Malgré tout, il reste actuellement difficile à trouver en DVD, souvent vendu très cher.

Sans vous en dire trop, car c’est vraiment un film à découvrir par soi-même, on suit l’histoire d’Henry Spencer, un homme solitaire, introverti et assez étrange, qui vit dans une ville industrielle oppressante. Un soir, il se fait inviter à diner par la famille de sa petite-amie, Mary ; il y apprend que celle-ci a accouché d’un bébé dont il est le père. Après avoir été obligé de se marier avec elle, le couple emménage dans l’appartement de Henry avec l’enfant qui, né prématurément, a un aspect monstrueux, inhumain ; il se met à pleurer sans arrêt et une nuit, Mary, à bout de nerfs, s’en va, laissant Henry seul avec l’enfant sur les bras, qui tombe malade. Par la suite, Henry, vivant reclus dans son appartement, se met peu à peu à perdre la raison, s'égarant entre rêve et réalité, jusqu’à un final terrible.

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Eraserhead est avant tout un film psychologique, qui expose un thème que l’on retrouvera plus tard chez Lynch dans Lost Highway et Mulholland Drive : l’évasion par le rêve. On assiste ainsi à la descente dans la folie d’un homme tourmenté, à travers son quotidien morne et son imagination délirante ; il est souvent difficile de distinguer ce qui est réel de ce qui se passe dans la tête du personnage. A travers une narration tordue, des personnages inquiétants, un univers oppressant (l’esthétique en noir et blanc est remarquable) et des visions cauchemardesques, le film distille du début à la fin une ambiance dérangeante et oppressante. Mention spéciale à la bande-son, qui a bénéficié d’un grand soin, et ne fait qu’accentuer cette sensation de malaise que l’on peut ressentir (les pleurs du bébé, en particulier, ont de quoi glacer le sang).

Ainsi, le spectateur perd peu à peu ses repères dans cet univers bizarre, glauque et inhospitalier ; le film multiplie les scènes surréalistes en apparence inexplicables, qui sont profondément déstabilisantes (la fameuse scène du poulet, les passages avec les cordons ombilicaux, l’usine…), ce qui fait qu’il est souvent difficile d’interpréter ce que l’on voit. Ce bébé inhumain est-il réel, où n’est-il que le produit de l’imagination de Henry ? Qu’y-a-t-il derrière ces visions cauchemardesques, et qui est cette femme qu’il voit dans ses rêves ? Il y a beaucoup d’énigmes comme celles-ci, auxquelles vous n’aurez pas de réponse explicite ; le sens du film ne dépend que de votre interprétation, qui varie énormément d’une personne à l’autre (certains y ont même vu des allusions à la Bible, ce que je serai incapable de confirmer). Malgré tout, le film ne verse jamais dans les excès ; d’abord par sa durée assez modeste (environ 1h25) et son rythme assez posé (le réalisateur prend bien le temps d’installer son univers) ; mais aussi parce que l’on peut quand même y trouver quelques notes d’humour noir ; en particulier dans les dialogues, peu nombreux mais remplis d’ironie (notamment dans la scène du diner) ; ou encore dans les musiques, assez rares mais complètement décalées. La scène de la chanson, étrange mais étonnamment belle, offre aussi un court moment de répit.

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Eraserhead risque de laisser de laisser perplexe une bonne partie de son public ; beaucoup vont passer à côté du sens de l’œuvre, qui n’est jamais explicité. Complexe, mystérieux, rempli de sens cachés et de métaphores, le film est une véritable énigme qui ne se laisse pas résoudre facilement ; même pour les amateurs de Lynch, le premier visionnage est difficile. Mais si vous prenez le temps de vous plonger dedans et de l’apprécier comme il se doit, vous y trouverez un film étonnamment riche et profond ; chaque visionnage vous apportera de nouvelles interprétations sur les nombreux mystères de l’intrigue. Contrairement à ce que certains peuvent penser, Eraserhead, malgré toutes ses bizarreries, est riche en sens, là où d’autres œuvres surréalistes n’ont pas vraiment de propos (comme par exemple le célèbre court-métrage Un Chien Andalou de Buñuel). Pour un premier film, on y trouve une étonnante maîtrise et d’une incroyable recherche ; dès le départ, Lynch avait tout juste et a su imposer un style qui n’appartient qu’à lui, que l’on retrouvera dans ses œuvres ultérieures, en particulier Lost Highway et Mulholland Drive. Les acteurs, bien que peu connus, sont excellents ; Jack Nance est tout simplement brillant dans le premier rôle (on le recroisera par la suite dans les films du cinéaste, notamment dans la série Twin Peaks). Eraserhead est un film culte, auquel rien  d’autre ne ressemble, et croyez-moi, on ne ressort pas indemne d’une telle expérience. A vous de voir si vous vous sentez prêt à vous y aventurer, mais croyez moi, ça en vaut la peine ! Votre vision du cinéma pourrait en être complètement boulversée. En attendant, la bande-annonce ci-dessous a de quoi vous donner une petite idée de ce à quoi vous devez vous préparer...

Eraserhead (1977) trailer

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SOMMAIRE

FILMOGRAPHIES

 

David Lynch

Stanley Kubrick

Sergio Leone

 

CRITIQUES

#

2001, L'Odyssée de l'Espace

π

A

Apocalypse Now (Redux)

B

Blade Runner (The Final Cut)

Blue Velvet

Brazil

D

Docteur Folamour, ou Comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe

E

Elephant Man

Eraserhead

F

Fargo

I

Il Etait Une Fois Dans l'Ouest

L

L'Ultime Razzia

Le Bon, La Brute et Le Truand

Le Seigneur des Anneaux (trilogie)

Lost Highway

M

Memento

Mulholland Drive

O

Orange Mécanique

S

Spartacus

Stop Making Sense (concert filmé de Talking Heads)

Sueurs Froides

U

Usual Suspects

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Ouverture du blog

Parce que la culture est faite pour être partagée, j'ai décidé d'ouvrir ce blog afin de parler de mes films préférés, tous styles confondus. En espérant vous faire découvrir des choses :)

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